Délégationde l’Essonne

Université d’été 2016

« Être migrant, c’est… » l’histoire d’Armel

L’université d’été du Secours Catholique s’est déroulée à Saint-Malo du 25 au 28 août 2016. Ce rendez-vous national de tous les jeunes acteurs du Secours Catholique avait pour thème : « Migrants, et si c’était nous ? »
Voici le témoignage d’Armel.

Traversée de la baie du Mont-Saint-Michel.

Je m’appelle Armel. Nous allons traverser la baie du Mont-Saint-Michel ensemble. Au fur et à mesure que nous allons avancer, je vais vous donner mon ressenti ou des anecdotes de ce que j’ai vécu durant tout mon périple du Cameroun à la France. Je ne suis pas un demandeur d’asile, je n’ai pas fui la persécution. J’ai juste pris ma vie en main. Ce que je vous livre est ma réalité, mon histoire. Il y a parmi nous d’autres migrants, ils se reconnaîtront peut-être, peut-être pas. Durant votre traversée, leur parole sera également d’or. Bonne route.

Être migrant, c’est… Partir de chez soi
Avant d’être migrant, il faut prendre le temps de méditer sur un éventuel départ de chez soi ; c’est réfléchir à tous les risques qu’on va rencontrer ; c’est réfléchir aussi à la possibilité de l’échec. Si vous êtes religieux, c’est beaucoup prier et jeûner pour demander un signe de Dieu ou juste pour demander une grâce de Dieu pour alléger les peines du voyage. Se préparer à partir, c’est aussi se renseigner sur les points-clés de son voyage ; pour sa propre sécurité.

Être migrant, c’est… Faire des rencontres
Les rencontres sont nombreuses et très importantes quand on quitte son pays. Rencontrer des compagnons d’aventure, c’est se faire des alliés. Ensemble, on forme une corde à plusieurs fils et c’est toujours plus solide.
Tout au long du parcours, s’il y a de belles rencontres il y en a aussi des dangereuses. Cela nécessite beaucoup de prudence.

Être migrant c’est… Être vulnérable et s’abandonner
Loin de chez lui, sans repère, isolé et sans personne pour le défendre, le migrant subit toutes sortes d’injustices sur son parcours. Les trafiquants sans scrupules, nombreux, le savent, les migrants sont des cibles faciles : dépouillements, chantages, vols, viols, meurtres font partis de la route. Dans le désert du Sahel, les droits de l’homme n’existent pas. On plonge dans un no man’s land. Les trafiquants règnent, le migrant n’est que du bétail. Mais pour avancer et continuer la route, le migrant n’a pas souvent le choix. Il a beau être en contact téléphonique régulier avec des compagnons de route qui ont dépassé le prochain obstacle, le migrant ne maîtrise pas tout. Il doit prendre des risques. À chaque étape, on remet sa vie dans la main des passeurs pour traverser un désert, une frontière, une mer…

Être migrant, c’est… Se sentir seul
Un vide s’installe profondément dans le cœur du migrant quand il prend la route. Au fur et à mesure qu’on avance, la famille, les amis et la vie d’avant s’éloignent. Une tristesse sourde est là et broie son cœur. Les rencontres ne comblent pas cette solitude. Surtout si les choses vont mal, la sensation d’être seul devient très grande et insupportable et personne n’aimerait le ressentir. C’est dur. La solitude ronge.

Être migrant, c’est… Avoir peur, être fatigué et être épuisé
Le migrant connaît la peur. Elle fait partie du quotidien. Peur de quoi ? Peur de l’inconnu, peur de ne pas savoir ce qui l’attend de l’autre côté de la frontière, peur de mourir de manière atroce, peur de mourir seul sans que personne de sa famille ne le sache. Le migrant a toujours une boule dans le ventre. Avec les épreuves qui ne finissent jamais, la fatigue est autant physique qu’émotionnelle. Ses émotions et angoisses profondes épuisent.

Être migrant, c’est… Être solidaire
La solidarité entre migrants est primordiale pour se rassurer, pour réduire les risques, pour prévenir des obstacles rencontrés ; en se faisant passer les informations mutuellement sur ce qui marche et sur quels chemins s’aventurer sans problèmes. Unir les efforts, c’est aussi garder le moral bien solide, et on se sent plus ou moins en sécurité et confiant pour affronter toute éventualité.

Armel

>> Université d’été Young Caritas 2017 sur Facebook

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