Délégationde l’Essonne

À Milly-la-Forêt

Jacques, seize ans d’engagement

Témoignage

Jacques est rentré au Secours Catholique de l’Essonne en 2004. Il témoigne de son engagement durant seize années, au service des cabossés de la vie, comme ils se définissent eux-mêmes.

En cette période de campagne nationale du Secours Catholique qui vient de remettre aux autorités, son rapport annuel sur la pauvreté en France et fait appel aux dons, je souhaite vous faire part de ce que j’ai vécu pendant seize ans de bénévolat au sein de l’équipe de Milly que j’ai quittée récemment.

J’y suis rentré début 2004. À cette époque, je me sentais mal au sein de l’Église et n’y trouvais pas ma place. Aussi soucieux de vivre ma mission de baptisé, qui est comme l’a précisé le pape Benoit XVI dans son encyclique « Deus Caritas : l’amour du prochain, enraciné dans l’amour de Dieu »

Je me suis tourné vers cette association caritative pour mettre mes compétences au service de mes frères en difficulté, les cabossés de la vie, comme ils se définissent eux-mêmes.

L’expérience m’a appris que nul n’est à l’abri de se retrouver en précarité, car un accident professionnel ou personnel suffit pour déclencher la spirale de la pauvreté : emploi, logement, santé, éducation, les difficultés s’accumulent, les situations se complexifient, l’espoir de s’en sortir s’amenuise. La priorité du Secours Catholique pour aider ces personnes, au-delà de la réponse aux urgences alimentaires, c’est de leur permettre de retrouver confiance, de tisser des liens, de faire des choix, en somme d’être de nouveau acteurs de leur vie. Car dans tout homme il y a des valeurs, que nous, bénévoles, avons mission de faire ressortir.

C’est l’accompagnement dans la durée.

Pour beaucoup, non confrontés à ces situations, ce mot est hermétique et je vais essayer de décrire rapidement en quoi cela consiste.

La première chose à faire avec ces personnes, c’est de les accueillir et les mettre à l’aise. Faire une telle démarche ne va pas de soi pour eux. Cela prend du temps. Un couple a mis plus d’un an pour venir, ce qui a amplifié son enfoncement. Souvent, ils culpabilisent de leur situation et c’est en pleurs qu’ils arrivent à l’accueil. Ensuite, et tout aussi important nous les écoutons car une personne en difficulté a besoin de faire ressortir toute la détresse accumulée et cette écoute nous permet de prendre conscience de leur situation et de ses causes. Un bilan financier précis est établi avec eux pour permettre d’évaluer leur "reste-à-vivre" et envisager les actions qui permettront à terme une sortie de crise.

S’engage alors avec eux, pour nous bénévoles, une relation particulière de confiance réciproque, voire une amitié. Car il est évident que le chemin risque d’être long et que l’on travaille avec eux et non à leur place. On travaille en parallèle avec les assistants sociaux et les centres communaux d’action sociale (CCAS), car nous ne nous substituons pas aux organismes officiels. On est aussi en liaison avec des organismes spécialisés et la délégation, pour trouver des solutions de logement, d’emploi, de véhicule lorsque le besoin est impératif, etc… On les conseille sur les démarches à faire et on les aide ponctuellement par un colis, des bons d’achats de première nécessité, éventuellement par une aide financière plus importante pour épurer une dette (via la commission sociale de la délégation qui statue sur le montant accordé ou pas) et même un prêt financier pour leur permette de passer un cap difficile. Souvent, on leur ouvre les portes auprès des organismes sociaux qui sont la plupart du temps d’un abord très complexe.

Bien entendu on fait un point régulier pour suivre l’avancement et corriger si nécessaire.

Quel bonheur au bout de tout ce chemin de voir la personne sourire car heureuse de s’en sortir et de retrouver une vie normale. Cela balance largement le moment de tristesse que nous avons eu lors de leur arrivée.

Pour vous en faire prendre conscience je vous donne deux exemples personnels qui m’ont marqué.

Courant 2004 et 2005, j’ai travaillé avec la délégation et d’autres équipes de l’Essonne pour organiser un voyage à Lourdes, dit de l’Amitié, pour cent personnes (accueillies et bénévoles) à la Cité Saint Pierre. On m’avait confié la gestion sur place de ce séjour d’une semaine et j’ai donné à des personnes accueillies la responsabilité de chef de car durant les visites organisées, d’autre part un grand nombre d’ateliers dirigés par des personnes accueillies ont été mis en place pour leur permettre de mettre en valeur leurs compétences et les partager. Le dernier jour, une dame d’origine marocaine, musulmane, m’est tombée dans les bras et m’a dit « Merci Jacques, cette semaine j’ai existé ».

Plus récemment un jeune qui aurait pu être mon petit-fils et que j’ai suivi pendant deux bonnes années pour lui permettre de se reconvertir, malgré la situation dans laquelle, l’avaient mis son bailleur social et les banques pour en résumer rapidement la complexité, est venu me voir. Il a maintenant un poste d’infirmier important et en m’embrassant il m’a dit « Merci pour ce qu’a fait pour moi le Secours Catholique et m’a permis de m’en sortir ». J’avoue que des moments pareils sont gravés à jamais en moi.

Voilà ce que j’avais à vous dire pour témoigner du rôle d’un bénévole que j’ai été au sein du Secours Catholique. J’ajouterai que dans une équipe, les missions sont multiples. En plus des deux activités que je vous ai décrites, je me suis occupé de la communication de l’équipe avec ses multiples interfaces, j’ai déchargé Andrée Cazes de la gestion de l’équipe et de ses bénévoles pour lui permettre de se consacrer à l’accompagnement, avant d’en prendre la responsabilité. Au sein d’une équipe il y a de la place pour toutes les compétences. Dans l’équipe règne une grande fraternité entre les bénévoles et l’on peut compter les uns sur les autres.

J’espère qu’après mon témoignage vous aurez envie de vous joindre à eux.

L‘équipe de Milly-la-Forêt qui couvre aussi les vingt-deux communes autour, a et aura besoin de vous.

Jacques Soulages

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